Depuis des mois déjà les rémis se faisaient rares, non pas que leur nombre ait diminué, mais ils se déplaçaient moins vers les structures d’accueil. Les uns étant sans doute occupés à rechercher un toit pour l’hiver, les autres se débattant dans leurs difficultés quotidiennes de santé et de recherche de travail. Il y avait bien ces courriers qui leur avaient été envoyés par le Contrôle Général-auquel il ne comprenaient pas grand-chose d’ailleurs. Certains se poussaient à répondre aux sollicitations, ne serait-ce que par crainte de retours de bâtons. D’autres s’étonnaient qu’on se souvienne de leur existence après des années d’indifférence.
Les rémis ne faisaient pas beaucoup de bruit, lassés qu’il étaient, souvent, de ne pas trouver leur place dans le dispositif socio économique qui avait été bâti autour d’eux. Pour la plupart isolés, la survie était devenu leur principale occupation. Compliqué pour eux d’envisager l’avenir, certains, même, qui s’en sortaient, retournaient à leur précarité après quelques mois. Ils s’étaient vu octroyé depuis quelques temps un droit à utiliser les transports publics gratuitement. C’était une bonne chose, mais où pourraient-ils bien aller ? et qui voudrait d’eux ?
A Alberta Plains, les rémis venaient de temps en temps tailler une bavette avec les agents du Dépôt. Ils se connaissaient depuis longtemps souvent et avaient établi des liens solides à la fois de confiance et de respect mutuel. Même si les conseils prodigués ne se matérialisaient pas forcément, il était important pour les rémis de confronter leur perception intime de ce monde à l’analyse bienveillante pour eux mais lucide pour cette société qu’avaient les agents du Dépôt. Par ces temps de gel, où le pire était annoncé pour la nouvelle année, ça réchauffait le cœur de ne pas se sentir extra-terrestre chez soi. (...)
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