Sur la place du village, à grands coups de tambours, on annonce le démarrage de la construction du futur centre commercial Grand Canal qui promet de donner du travail aux jeunes et aux vieux, aux miséreux, aux éclopés, aux discriminés de tous poils. Les portes du paradis vont s’ouvrir en grand et toutes les structures de la ville et du Comté se pressent au-devant de la scène à la fois pour faire connaître à la population leurs engagements mais aussi pour promouvoir « leurs » nécessiteux. Les entreprises signent des engagements de bonne conduite à tout-va. Oui, elles embaucheront les gens d’ici, oui, elles les formeront, oui chacun sera fier de travailler pour ce modèle vertueux de projet économique et social… Oui, oui ! Ouf !
Dix ans déjà ! Le même discours, les mêmes espoirs, les mêmes engagements, le même battage médiatique… avaient été tenus par d’autres ou par les mêmes qui sont encore là. Evidemment, maintenant, avec la nouvelle municipalité, la ville est tournée vers l’avenir radieux et vers la prospérité promise. Les rémis se souviennent.
On aurait besoin de bras pour les travaux, de mains pour le ménage, de cerveaux pour l’organisation… Evidemment, qu’est-ce que c’est, dix ans dans une vie ? L’espoir fait vivre… les politiques. Pour ces emplois-là, comme pour les autres « nouveautés » de l’année-la maison du Travail et le nouveau Central Jobs-on remettra les compteurs à zéro et on recommencera à faire les mêmes choses que l’on a toujours faites. On pourra alors démontrer que les administrations se donnent du mal pour leur population. Ou peut-être qu’elles trouvent seulement dans ces mouvements une justification de leur propre existence.
D’autres diraient sans doute que les « décideurs » de ces politiques sont bien éloignés de ce que vivent les gens.
A Alberta Plains, comme ailleurs, les faits sont têtus, et dans les cités couvertes par le soleil couchant, pendant que les télévisions scandent les discours volontaires et soi-disant pédagogiques des politiques, les rémis ouvrent les boites de conserves qu’ils ont rapportées de l’épicerie sociale. (...)