everybody knows that the dice are loaded and everybody rolls with their fingers crossed
tout commence
ici

mardi

11

Sur la place du village, à grands coups de tambours, on annonce le démarrage de la construction du futur centre commercial Grand Canal qui promet de donner du travail aux jeunes et aux vieux, aux miséreux, aux éclopés, aux discriminés de tous poils. Les portes du paradis vont s’ouvrir en grand et toutes les structures de la ville et du Comté se pressent au-devant de la scène à la fois pour faire connaître à la population leurs engagements mais aussi pour promouvoir « leurs » nécessiteux. Les entreprises signent des engagements de bonne conduite à tout-va. Oui, elles embaucheront les gens d’ici, oui, elles les formeront, oui chacun sera fier de travailler pour ce modèle vertueux de projet économique et social… Oui, oui ! Ouf !

Dix ans déjà ! Le même discours, les mêmes espoirs, les mêmes engagements, le même battage médiatique… avaient été tenus par d’autres ou par les mêmes qui sont encore là. Evidemment, maintenant, avec la nouvelle municipalité, la ville est tournée vers l’avenir radieux et vers la prospérité promise. Les rémis se souviennent.

On aurait besoin de bras pour les travaux, de mains pour le ménage, de cerveaux pour l’organisation… Evidemment, qu’est-ce que c’est, dix ans dans une vie ? L’espoir fait vivre… les politiques. Pour ces emplois-là, comme pour les autres « nouveautés » de l’année-la maison du Travail et le nouveau Central Jobs-on remettra les compteurs à zéro et on recommencera à faire les mêmes choses que l’on a toujours faites. On pourra alors démontrer que les administrations se donnent du mal pour leur population. Ou peut-être qu’elles trouvent seulement dans ces mouvements une justification de leur propre existence.

D’autres diraient sans doute que les « décideurs » de ces politiques sont bien éloignés de ce que vivent les gens.

A Alberta Plains, comme ailleurs, les faits sont têtus, et dans les cités couvertes par le soleil couchant, pendant que les télévisions scandent les discours volontaires et soi-disant pédagogiques des politiques, les rémis ouvrent les boites de conserves qu’ils ont rapportées de l’épicerie sociale. (...)



mercredi

10

Et Pan ! Cette fois ça y est les panneaux sont fixés une bonne fois pour toutes !

A Alberta Plains, il y aura un panneau « Maison du Travail du Comté de Plain Creek – Maison des Jeunes » pour la Maison des Jeunes, un panneau « Maison du Travail du Comté de Plain Creek » plus l’ancien panneau « Dépôt Rémi » pour le Dépôt et un panneau « Maison du Travail du Comté de Plain Creek – Maison des Jeunes » pour la Maison du Travail « proprement » dite.

Ce qui va être drôle, surtout, c’est de voir comment l’ouverture de la « Maison du Travail » va être annoncée et comment les gens pourront se diriger vers elle et pour quoi y faire.


Tout cela rappellera aux plus anciens ce qui s’était passé il y a quelques années avec les mêmes locaux, les mêmes acteurs et les mêmes publics.

Une dizaine d’années plus tôt, la Maison des Jeunes avait servi de support à la création de la PILE (une Programmation pour l’Insertion Locale et l’Emploi). Cette entité permit à la M des J de recevoir des fonds communautaires pour créer des actions pour le public le plus en difficulté sur la ville mais aussi et surtout pour financer des postes et des actions propres à la MDJ. Ainsi le public dit « adulte » se retrouvait à fréquenter des locaux et des ateliers destinés aux jeunes. Mais pour que ce public « surnuméraire » puisse être accompagné, il avait été demandé aux projecteurs du Dépôt rémi d’intervenir sur ces ateliers. Et petit à petit on demanda toujours plus de main d’œuvre au Dépôt pour soulager la gestion du personnel MDJ et sans tenir compte des réflexions du Dépôt, tant sur le contenu des actions que des modalités d’exécution. Ainsi le Dépôt renonça-t-il, in fine, à participer à des ateliers qui n’en étaient plus et où l’accueil même du public adulte n’était plus assuré par la MDJ.


Aujourd’hui, donc, le public adulte va se voir proposer l’ouverture d’un espace intitulé « Maison du travail » dans des locaux de la MDJ et il y croisera le public « jeune » qui viendra rencontrer ses conseillers. Une idée de sortie familiale, finalement.

Quant aux rémis, ils sont d’ores et déjà surpris de constater que « leur » Dépôt, qu’ils avaient bien identifié et depuis longtemps, comme un lieu d’accompagnement global, se voit attribuer le panneau « Maison du Travail » qui n’a aucun sens en relation aux missions mêmes de ce service.

Beaucoup de bruit pour rien dans les murs d’Alberta Plains, beaucoup d’agitation, de la fébrilité, et finalement, les mêmes jeux de rôle. (...)

jeudi

9

Autre nouveauté de l’année, c’est la création de Central Job. Pour être précis, c’est de fusion qu’il s’agit puisque les chercheurs d’emploi avaient à faire à la fois à un organisme pour le versement d’une prestation de chômage (et le contrôle qui va avec) et un autre pour l’accompagnement à la recherche d’emploi. Il semblait clair désormais que la nouvelle institution continuerait d’exercer un contrôle mais pour ce qui est de rencontrer un conseiller, il faudrait rester solide. Et surtout ne pas hésiter à manier le téléphone.

Disons-le, de nos jours si jamais vous tremblez un peu des doigts ou si vous n’avez pas les lunettes adaptées, personne ne viendra vous solliciter pour vous proposer quoi que ce soit. Heureusement encore que les machines travaillent toutes seules et qu’elles peuvent faire partir des courriers à dates choisies pour vous inviter à tel où tel événement. Peu importe qu’il ne corresponde pas à votre attente, quelque part, dans un casier que vous ignorez, une case « contact » sera cochée.

Evidemment, il y a quelques années, vous aviez rencontré monsieur Untel dans cette Agence après le pont, mais maintenant, la gestion mécanique vous attribuera, au moment où vous appellerez, une croix dans une case du planning de réception.

Pourquoi pas après tout, puisque de toute façon, la personne qui vous recevra n’aura pas le temps de discuter avec vous, et puis « vous », c’est qui ? celui qui est « là » ou celui qui est dans la « machine » ? Non, franchement, vous voulez quoi ? Si vous ne faites pas partie de la bonne catégorie (disons celle qui a des chances de s’en sortir et qui sera sollicitée), il faudra vous débrouiller seul. Autre façon de dire qu’on ne mise pas sur les chevaux perdants, car après tout, il faudra bien rendre des chiffres, les fameux « chiffres officiels du chômage ». (...)

mardi

8

Cri…Cri… Pan ! Pan… ça n’arrêtait pas de clouer, déclouer, dans la Cité Monarch d’Alberta Plains. De poser et retirer et redéposer, ajuster, adapter, réécrire les panneaux sur les murs de la Maison de la Jeun… euh, du Trav… oui, on ne savait plus trop, en fait.

Dans le nouvel organigramme, la Maison de la Jeunesse d’Alberta Plains fait partie de la Maison du Travail du Comté de Plain Creek, mais en même temps, l’antenne d’Alberta Plains de la Maison du Travail s’installe dans les locaux de la Maison de la Jeunesse. Et en plus, ce local-là continuerait à recevoir à la fois du public pour la Maison de la Jeunesse et un public pour la Maison du Travail ! Je pose mon trois et je retiens deux et ça nous fait donc : une Maison de la Jeunesse qui veut garder son identité et son pouvoir local et une Maison du Travail que l’on voudrait chapeau unique regroupant toutes les structures.

Gageons qu’entre les deux panneaux, le public se perdra avec une égale facilité. (…)