Madame Mallett ne parle pas. En entrant dans le bureau du projecteur elle hésite encore entre partir et rester et son caddie semble la freiner plus que de raison. En s’asseyant, elle se demande ce qu’elle va devoir donner comme explication. Elle a reçu le fameux courrier de
Elle a quand même cette appréhension qu’elle a toujours quand elle se rend dans une institution. Elle est déjà allée à
« Alors, madame, qu’est-ce qui vous amène ? » demande le projecteur.
Madame Mallett veut bien remplir ce contrat d’inscription, mais elle a peur qu’en se faisant connaître de ce service, on vienne l’obliger à accepter un emploi et comme elle à 60 ans, elle ne voudra pas l’accepter et donc, on lui coupera son rémi. Elle avouera cela après quarante minutes d’entretien, quand elle se sera sentie assez en confiance avec son interlocuteur. Elle sera convaincue même, quand celui-ci lui aura démontré que personne ne viendra lui proposer quoi que ce soit, car pour que les seuls demandeurs d’emploi se voient proposer un poste quelconque, il faudrait déjà qu’il y ait quelques trois millions d’offres disponibles alors, pourquoi viendrait-on la chercher, elle, qui ne demande rien à personne ?
Elle remerciera poliment pour l’attention qui lui aura été portée pendant plus d’une heure et pour l’humanité qu’elle aura perçue dans ce bureau et s’excusera d’avoir laissé filer une larme, expliquant que ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas parlé à quelqu’un. Concluant sur le triste état du monde, elle annonce qu’elle retourne chez elle se plonger dans la lecture de Roland Barthes. (...)
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